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Les retraités manifestent pour une certaine idée de la vie

par Magda | 23 septembre 2010

Eliane, Jean-Pierre, Michel, Nicole, Christian manifestaient aujourd’hui. Tous largement sexagénaires, tous retraités, tous solidaires, pour défendre leurs convictions, leurs enfants, une certaine idée de la vie…

Sans doute ce soir, ces manifestants-là feront-ils fi de l’habituelle bataille des chiffres post-défilés qui ne manquera pas de faire rage entre l’Etat et les syndicats– avec encore davantage de morgue dans chaque camp, étant donnée l’envergure de l’enjeu. Eux auront au moins le sentiment d’être allés au bout d’une démarche. Chez Jean-Pierre, Eliane, Nicole, Christian et Michel, les motivations pour descendre aujourd’hui dans la rue se recoupaient ou divergeaient plus ou moins, en tout cas se rejoignaient dans une envie partagée : celle de ne pas baisser les bras.

L’important, c’est de s’accomplir

Même s’ils ne se plaignent pas de leur sort, ils savent aussi rappeler que la retraite est arrivée pour eux comme un grand “ouf”. “J’étais commerçant, je travaillais 18 heures par jour, j’en avais tout simplement marre, à 59 ans”, se souvient Michel, 64 ans. Christian, 67 ans, était fonctionnaire aux Impôts. Un emploi stable. “Mais quand, du jour où votre poste est informatisé, on surveille votre rendement chaque fin de journée, ça devient bien plus dur nerveusement.” Jean-Pierre, 68 ans, n’en rajoute pas, mais bien sûr qu’en tant qu’enseignant en collège, il a connu les classes bondées… La pénibilité du travail, l’usure du corps et l’énergie en berne comme corollaires aux années qui passent pèsent lourd selon eux dans le débat, mais tout autant que le besoin de “profiter enfin de la vie”. “Quand j’ai arrêté, je me suis mis au violon, au théâtre !”, lance Michel avec enthousiasme. Eliane, antiquaire partie en retraite il y a seulement quelques mois, à 68 ans, le rejoint, avec une nuance : “Il est avant tout important de s’accomplir dans la vie, il n’y a pas que le travail. Je ne suis pas contre le fait d’augmenter le nombre d’années de travail, compte tenu du vieillissement de la population. Mais ça devrait être à la carte : que ceux qui ont un boulot qui les intéresse, comme ce fut mon cas, ou qui n’ont pas d’autres projets de vie puissent continuer, et que les autres s’arrêtent, reprennent des études, fassent le tour du monde...”

“Qui peut manifester aujourd’hui, à part nous ?”

“C’est toute une conception de la société qui est en jeu à travers ce débat, analyse Alain, syndicaliste FO. Comment considère-t-on nos vieux aujourd’hui, quel regard porte-t-on sur eux ? Comment réagira-t-on quand, au supermarché, on tombera sur un vendeur de plus de 60 ans qui n’entendra plus très bien, ou une caissière âgée et moins rapide ?” Il donne l’exemple de BNP Paribas et de son plan de sauvegarde de l’emploi touchant ses salariés de plus de 60 ans : “Ils vont dégager tous les vieux, alors que la pénibilité n’est pas la pire, chez eux. Si ceux qui font de gros bénéfices ne sont pas capables de garder leurs vieux, ailleurs, ce sera une vraie boucherie.” Mais il sourit en regardant les têtes blanches qui émergent du cortège ; “C’est touchant de voir qu’ils ont encore des choses à dire, qu’ils sont prêts pour un second départ”. Nicole est de ceux-là. A 70 ans, cette ancienne prof de droit-économie arbore la casquette pour le soleil et l’autocollant CGT collé sur le tee-shirt pour l’identification : “Je suis PC, CGT, tous les endroits où on pense mal !”, annonce-t-elle en riant. Elle non plus ne se plaint pas de son sort, mais c’est celui des autres qui l’a fait sortir de chez elle : “Les femmes qui sont au trois-huit à l’hôpital, elles vont faire le ménage sur les genoux ? Toutes les années pendant lesquelles les mères élèvent leurs enfants devraient être prises en compte. Et le minimum vieillesse, ce devrait être le smic, point.” Comme pour beaucoup, la retraite n’est pas le seul motif de sa présence : “On est en train de casser l’avenir de nos enfants. J’ai des collègues qui ont encore des classes de 28 enfants en maternelle ! Cette société, elle m’étouffe…” “La retraite, le manque de tenue du président, les roms, les femmes voilées ostracisées, c’est pour tout ça que je suis là aujourd’hui”, explique Michel. Et de proposer, vu qu’ils ont maintenant la vie devant eux, que les retraités montent à Paris manifester pendant trois jours. “Qui peut faire ça aujourd’hui, à part nous ?”

Magda

+ SUR LE SUJET Réforme des retraites : "Protester, oui, mais surtout gagner"

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